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REVUE DE PRESSE BD & CARICATURE ZEBRA N°152

LE FANZINE ZEBRA SOUHAITE A SES LECTEURS DE NE PAS PERDRE L’HUMOUR EN 2026 !

“Dédoublement de personnalité” - une des dix sculptures par Gonçalo Mabunda illustrant le n° spécial de “Le Monde diplomatique” (juin-juillet 2025).
Une fois n’est pas coutume, “Le Monde diplomatique” a publié un “hors-série” “orwellien”, dans la mesure où il inclut la propagande de guerre dans les armes de destruction massive, au même titre que l’usage du phosphore blanc pour terroriser les civils, la torture ou le financement discret de groupes armés terroristes. G. Orwell expose en effet dans “1984” la nécessité de bourrer le crâne de l’opinion publique avec un roman ou un récit national destiné à mobiliser l’opinion publique au stade de la Guerre froide. L’histoire du IIIe Reich montre que les caricaturistes peuvent contribuer à cette propagande, même si Goebbels préférait nettement le moyen plus moderne du cinéma, plus en adéquation avec le totalitarisme et l’exaltation de la puissance.
Benoît Bréville (“Le Monde diplo.”) mentionne donc l’Histoire comme un remède à la propagande totalitaire, mais il ne dit pas que “1984” est le meilleur exemple, au XXe siècle, de synthèse historique antitotalitaire. Rien n’y manque. L’ONU ? C’est la Fraternité d’Emmanuel Goldstein, le piège dans lequel tombe le naïf Winston Smith. L’utopie politique remplace la religion-opium du peuple, qui a perdu au stade industriel son pouvoir de sidération des masses. Orwell décrit non seulement le travail de sape de l’Histoire effectué par le récit national au profit de l’Etat moderne, mais aussi ses conséquences morales désastreuses.

par Riss.
“Charlie-Hebdo” raciste !?
La caricature de la journaliste Rhokaya Diallo en Joséphine Baker par Riss lui vaut un dépôt de plainte pour incitation à la haine raciale de la part de l’intéressée. Ce procès, sur fond de guéguerre des gauches plus intense à mesure que les élections approchent, illustre l’américanisation du droit français. On n’est pas disposé aux Etats-Unis comme on l’est en France à reconnaître à quelques magistrats (peu indépendants de l’exécutif) le pouvoir de décider ce qui relève ou non de la “liberté d’expression”. En revanche le système judiciaire américain, plus libéral, contraint les éditeurs et les journalistes à l’autocensure, sous la pression des lobbys et de leurs avocats ; une publication comme “Charlie-Hebdo” est pratiquement impossible aux Etats-Unis ; mais elle n’est plus possible en France depuis 2015 qu’en raison de la protection d’une partie de l’appareil d’Etat dont “Charlie-Hebdo” bénéficie, et qui altère considérablement son potentiel satirique, le ramenant à celui - assez faible - du “Canard enchaîné” (on doit tout de même mettre au crédit de ce dernier la publication d’un dossier spécial sur les Jeux olympiques de Paris qui indique la corruption généralisée de cette entreprise publicitaire, soutenue par l’ensemble du personnel politique).
(Cabu riait en avouant à la radio qu’il bénéficiait d’une protection policière rapprochée... mais il riait jaune, comme un cocu qui a compris qu’il a été cocufié.)
Chaises musicales à “Marianne”
Placardisée en raison d’un soutien trop mou à la Résistance de V. Zélenski face aux forces du Mal (comportement sans doute néfaste au business de l’oligarque D. Krétinski, pur produit du poutinisme), la (moyennement) piquante Natacha Polony a été remplacée par le mielleux Frédéric Taddéï (“car tout flatteur vit aux dépends de celui qui l’écoute”). Ce “changement de ligne éditoriale” a entraîné le transfert de quelques caricaturistes, dont Gros, qui s’était montré assez impertinent vis-à-vis des méthodes de guerre du camp du Bien à Gaza.
Remplacement assez logique, puisque les caricatures publiées sont choisies par le ou les rédacteurs en chef. Cabu indiquait que l’originalité du “Charlie-Hebdo” de Cavanna était d’être conçu par des dessinateurs et non par des intellectuels (ça change tout car un dessinateur ne pense pas “de gauche à droite”).

Tout sur “la salle de shoot”
L’enquête de Mat Let sur une “salle de shoot” du nord-est de Paris est utile pour démêler le faux du vrai à propos des quelques espaces aseptisés mis à la disposition des toxicos par les pouvoirs publics (éd. La Boîte à Bulles, 2024).
Tout d’abord on apprend que le terme “salle de shoot”, adopté par le grand public, est récusé par les employés des associations qui estiment jouer un rôle sanitaire et social indispensable, et non encourager la consommation de produits stupéfiants comme le terme “salle de shoot” suggère. Plus utilement, on comprend que la jouissance du toxicomane est minime, si on la compare à celle d’un amateur de grands crus classés. Que diraient les honnêtes gens si les alcooliques ne pouvaient pas se réunir dans des endroits aménagés spécialement et devaient se livrer à leur vice en pleine rue ou à leur domicile ?
Les riverains de la salle de shoot (quartier de la Gare du Nord) sont à la fois les mieux et les moins bien placés pour s’exprimer sur le sujet ; globalement celle-ci réduit les nuisances, mais elle les concentre ponctuellement. Comme on sait, les beaux quartiers sont les plus intolérants à la misère sociale, et le maire de Paris qui aura le courage politique de répartir la charge de cette misère n’a pas encore été élu.
Ce thème peut paraître parisien en diable, mais certains jeunes toxicos montent de province à Paris pour cacher leur déchéance à leurs familles. Eradiquer la misère parisienne par des moyens policiers aurait des conséquences sur les villes de province les plus accessibles, comme les Jeux olympiques l’ont montré (plusieurs milliers d’indésirables ont été refoulés vers la banlieue et la province). Les SDF sont environ trois milliers à vivoter dans Paris, dont une bonne partie est toxicomane ou alcoolique.
Les pouvoirs publics admettent que les “salles de shoot” sont un moindre mal, mais l’opinion publique est globalement sceptique. L’auteur lui-même avoue son effroi lorsqu’il se trouve confronté à la horde de toxicos en manque qui assiège le fourgon mobile de l’association venu délivrer seringues propres et drogues de substitution.
Mat Let n’a pas de mal à convaincre le lecteur qu’il faut au personnel des salles de shoot beaucoup de sang-froid et de patience pour faire un tel job. Mais son enquête laisse en suspens des questions importantes, comme : la toxicomanie est-elle en expansion en France comme aux Etats-Unis ? La postface par Médecins du Monde est assez oiseuse ; on peut y lire - étrange assertion - que Médecins du Monde ne défend pas un point de vue moral mais “scientifique”. L’ONG semble croire que la médecine est “neutre”, tandis que la morale ne le serait pas.
Erratum Vallotton
Rectifions deux erreurs commises dans la précédente chronique à propos du caricaturiste, illustrateur, peintre et romancier Félix Vallotton : il n’est pas né dans le canton du Valais en Suisse, mais dans celui de Vaud (Lausanne).
V. n’épousa pas, à trente ans, une riche veuve accompagnée de deux jeunes enfants - elle en avait trois, que l’artiste avait du mal à supporter (et réciproquement).
Deux erreurs… et un oubli ; nous n’avions pas mentionné que la Fondation Vallotton a répertorié sur son site internet l’ensemble de l’oeuvre protéiforme de V., ce qui constitue un outil pratique et utile.

La Voix des Indés
2e édition d’un festival présentants de petits éditeurs indépendants dans quelques bibliothèques parisiennes de la mi-janvier à la mi-février.
Caricatures fraîches par Placide (“Facebook”), Delestre (“Twitter”), Quino, Dalaine (“Facebook”), Morten Morland (“Times” de Londres) & Zombi (“Zébra”) :



par Quino.

par Dalaine.

par Morten Morland (“Parler doucereusement en tenant un gros bâton”/”Beugler en tenant un léger club de golf”).

par Zombi.
Le fanzine du mois de janvier est paru ! (abonnez-vous en écrivant à [email protected])

Comment faire la paix