REVUE DE PRESSE BD & CARICATURE ZEBRA N°163

par Marjane Satrapi.

De Satrapi à Sattouf

La bédéaste Marjane Satrapi, née en 1969, vient de mourir en plein conflit armé entre Israël et l’Iran, son pays natal. L’adaptation de sa bande dessinée “Persépolis” en dessin animé (produit par TF1), primé au Festival de Cannes (2007), l’avait fait connaître dans toute l’Europe. Quelques années auparavant, “Persépolis” avait été publié par le petit éditeur parisien indépendant “L’Association”, spécialisé dans le récit intimiste en BD. Le style de M. Satrapi imite celui de son confrère David B.

L’auteure, qui avait dix ans lors de la révolution de 1979, incarnée par l’ayatollah Khomeiny, livre dans “Persépolis” son point de vue d’enfant sur la révolution et les années qui ont suivi. Les huit années de guerre contre l’Irak de Saddam Hussein soutenu par l’Occident, postérieure à la révolution, ont durci le régime et déçu les attentes de la classe moyenne iranienne, dont la famille de M. Satrapi est issue ; dès la fin des années 1980 M. Satrapi part en Europe où elle entame une formation aux arts plastiques.

On relève que l’insurrection de la ville de Chtar, dans le Nord de l’Iran, berceau de la famille Satrapi, au début de cette année, a été brutalement réprimée (plusieurs centaines d’habitants de cette ville auraient péri dans la répression).

L’oeuvre de M. Satrapi appelle la comparaison avec celle du bédéaste franco-syrien Riad Sattouf, qui pour sa part fut scolarisé et élevé dans des dictatures arabes laïques, sur le modèle français (Syrie et Libye). R. Sattouf montre que l’aspiration laïque est celle des élites arabes, tandis que la population rurale plus pauvre conserve les rituels et la tradition religieuse. Confrontés à des retournement d’alliance, tous les dictateurs arabes et africains laïcs ont, de fait, opéré tactiquement un retour à l’islam pour resserrer leur lien avec la population.

par Salch.

Salch d’utilité publique ?

Après nous avoir fait visiter les coulisses d’un hospice pour vieillards moderne, le caricaturiste Salch nous entraîne cette fois dans un centre d’apprentissage du français pour migrants fraîchement débarqués, pour qui la langue de Molière est de l’hébreu. Autant dire qu’il faut une bonne dose d’inconscience pour accepter ce genre de job, à l’instar de Marie, montrée par Salch dans l’exercice de son sacerdoce. Marie ne recule devant aucun défi, puisqu’elle tente même d’inculquer, en même temps que le français, les valeurs féministes et laïques à ses élèves.

Salch illustre un certain nombre de paradoxes comiques : les types ultra-sexistes, qui manquent de s’étouffer à chaque fois que leur enseignante prêche les valeurs françaises ultra-modernes (woke), finissent par sympathiser avec elle pour la plupart d’entre eux. Il faut dire que, si Marie a plein de principes, elle n’est pas trop à cheval dessus. Ainsi, tout en tentant d’expliquer à ses élèves les rudiments de la laïcité, elle s’abstient de se désaltérer pendant le ramadan par solidarité avec ses élèves assoiffés. Si Marie s’appelait Marianne, elle incarnerait parfaitement l’idée que ces marginaux se font de la république française : une fille parfaitement immorale, mais somme toute plutôt accommodante.

Parmi ces élèves, beaucoup sont des réfugiés politiques recueillis par des ONG, où des migrants ayant franchi la Méditerranée au péril de leur vie.

On estime qu’au terme de 800 heures d’enseignement plus ou moins ludique, “l’apprenant adulte” (sic) saura dire “bonjour” ; s’il est un peu plus doué, il baragouinera en français.

Salch a-t-il produit la BD qu’Eric Zemmour ou Marine Le Pen attendait, démontrant que tout ce cirque n’est que gaspillage d’argent public, et que la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ? Sous prétexte d’enseigner le français, on comprend que c’est surtout une mission de contrôle et de surveillance sociale qu’effectuent ces profs, parmi d’autres intervenants.

Donald Trump a fait la promesse à ses électeurs MAGA d’un capitalisme sans flux migratoires incontrôlés, ce qui reviendrait à inverser la dynamique du développement industriel phénoménal des Etats-Unis au cours du XXe siècle. La formule du communautarisme ethnico-religieux en vigueur aux Etats-Unis, décriée tant par “Charlie-Hebdo” que par E. Zemmour, est aussi une forme d’assistance sociale ; elle supplée à la carence d’un Etat-nation sur le modèle européen.

Une affiche claire

Une affiche de festival de bande dessinée (2026) lisible et bien composée (par Zeina Abirached), ce qui est assez rarement le cas des affiches de festival de BD, peut-être parce que les auteurs de bande dessinée ne sont pas des affichistes ni des illustrateurs…

L’affiche du lancement du nouveau Centre des Arts satiriques ardéchois à Baix (entre Valence et Montélimar), sous la houlette de Cyril Bosc, rend heureusement hommage à “Hara-Kiri”, sans lequel la presse française de la seconde moitié du XXe siècle n’aurait été qu’une succession de magazines hebdos insipides sur le modèle oligarchique états-unien. La dimension de contre-culture assumée par F. Cavanna et le Pr Choron, leur volonté de faire un journal “pas comme les autres” a quelque peu été éclipsée par le second “Charlie-Hebdo” (-1992), plus idéologique et donc plus moderne.

“Hara-Kiri” se situe plus nettement, à l’instar de G. Orwell, du côté de la critique du journalisme que du côté de l’apologie du journalisme.

Caricatures fraîches par CRBR (“Twitter”), Ysope (“Facebook”), Piérick (“Fakir”), Lasserpe (“L’Humanité”), Foolz (“Charlie-Hebdo”), Patrick Blower (“The Telegraph”) & Zombi (“Zébra”) :

par CRBR.

par Ysope.

par Piérick.

par Lasserpe.

par Foolz.

“ENTREZ LES ENFANTS, VOUS POURREZ AVOIR TOUS LES RESEAUX SOCIAUX QUE VOUS VOUDREZ…”, par Patrick Blower.

par Zombi.

Le fanzine du mois de juin est paru ! (Pour s’abonner, écrire à [email protected])