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REVUE DE PRESSE BD & CARICATURE ZEBRA N°161


par Dave Brown.
La caricature au rebut
Encore un caricaturiste anglo-saxon mis sur la touche ! Plusieurs l’ont été au cours des dernières années pour avoir osé caricaturer B. Nétanyahou ou V. Zélenski. Le motif invoqué par “The Independent” pour limoger son caricaturiste “maison” Dave Brown : des restrictions budgétaires. La presse britannique est peut-être moins subventionnée que la presse française, mais elle a été renflouée substantiellement par la fondation Bill Gates (en particulier “The Guardian”), soutien financier du parti démocrate (E. Musk et D. Trump le furent aussi naguère, suivant une logique oligarchique).
Contrairement à ce que prétend le caricaturiste international Patrick Chappatte, co-auteur d’un pamphlet sur ce thème, on ne peut pas dire que l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis change la donne. Les médias de masse sont des courroies de transmission du pouvoir oligarchique depuis le début du XXe siècle aux Etats-Unis.
La question qui se pose est de savoir si Elon Musk pourra tenir sa promesse ou son pari d’un réseau social peu ou pas censuré, non seulement à l’échelle internationale (la Commission européenne essaie de mettre en place une censure efficace des réseaux états-uniens de tendance MAGA), mais à l’échelon national, à l’approche des élections de mi-mandat : le blitz d’Israël et du pentagone divise en effet l’électorat de D. Trump et compromet l’avenir de son programme politique conservateur.

Brûler Thatcher ?
“Respecte ta part du contrat : en te mariant avec moi, tu t’es engagé à ne pas t’opposer à mon ambition et à ma carrière.” Margaret Thatcher à son mari Denis.
Ce biopic édité par Bamboo, signé Le Naour et Van der Zuiden (dessin), vaut mieux qu’un pamphlet et que son titre racoleur. D’abord parce que l’itinéraire de M. Thatcher est assez commun ; à l’instar de la plupart des dirigeants occidentaux depuis la fin des années 1960, la Première ministre britannique entre 1979 et 1990 est d’abord une opération de communication politique, à l’ère de la télévision et des médias de masse.
La BD montre les coulisses de l’ascension de M. Thatcher, diamant brut qui ne demandait qu’à être taillé par les experts en marketing politique. Battu aux élections, le parti conservateur voit en M. Thatcher une figure de proue idéale pour battre le parti travailliste : fille d’épicier, M. Thatcher a un franc-parler qui fait mouche dans la classe moyenne (être une femme n’est pas un handicap majeur en Angleterre pour faire de la politique).
On ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec Emmanuel Macron, dont la politique thatchérienne (tardive) de réduction drastique des dépenses publiques s’est heurtée dès 2018 à la grève générale des Gilets jaunes et a viré au fiasco, le chef de l’Etat s’appuyant paradoxalement sur l’appareil d’Etat pour survivre au mécontentement populaire.
On ne peut pas cependant faire le bilan politique de M. Thatcher à partir de ce biopic. M. Thatcher n’a pratiquement que des détracteurs en France et en Allemagne, compte tenu de son opposition au projet d’Europe politique et de sa réputation de briseuse de syndicats, en quoi elle est très différente de son homologue A. Merkel. Au XXIe siècle, l’état de délabrement des services publics britanniques est comparable à celui de la France, voire pire encore : il en résulte une tension politique très forte.
La désindustrialisation, perçue a posteriori comme une erreur économique majeure, s’est accélérée sous le mandat de M. Thatcher ; cependant ce mouvement s’inscrit, aux Etats-Unis et en France comme au Royaume-Uni dans une logique de division du travail à l’échelle mondiale, qui n’est pas spécialement “thatchérienne” ; la politique de la gauche sociale-démocrate française entre 1981 et 1990 a produit à peu près le même résultat.
La politique de M. Thatcher vérifie une observation faite par K. Marx : il n’y a pas de politique “conservatrice” possible suivant le modèle de développement économique capitaliste.

Humour et humour
“Les Cahiers de la BD” publient un opuscule illustré qui décortique “Lucky-Luke”, la technique et l’humour de Morris en particulier. Cette série, cosignée par R. Goscinny après quelques albums par Morris “en solo”, repose sur un humour très différent de celui qui fit le succès d’Astérix & Obélix.
Dans un chapitre dédié à la satire de Morris, Nicolas Tellop souligne que celui-ci brocarde de façon récurrente la bêtise de la foule, suivant une tradition multiséculaire (le panurgisme de Rabelais, par ex.). C’est un ressort comique dont Morris use et abuse dès les premiers albums. Lucky-Luke est un cow-boy “solitaire” au-dessus de la foule : quand il règle un “problème social”, on se montre le plus souvent ingrat avec cet “homme providentiel”. On retrouve là une critique adressée à la démocratie libérale par ses détracteurs ; la philosophe Simone Weil écrit ainsi : “Un ancien exemple de décision démocratique : la demande populaire de libérer Barabbas, et de crucifier Jésus”.
Indirectement, N. Tellop souligne l’apport décisif de Goscinny, qui a su faire fructifier l’humour des premiers albums en améliorant le pastiche du western, c’est-à-dire le récit héroïque et fantaisiste de la Conquête de l’Ouest, en adossant son scénario à des événements-clefs de la Conquête, telle la ruée vers l’or californien, la construction du réseau de voies ferrées, ou la découverte de l’or noir dans le sous-sol du Texas.
N. Tellop n’a pas tort d’écrire que “Lucky-Luke” ramène le “rêve américain” à une illusion. La fièvre de l’or, mise en scène dans “Lucky-Luke”, est d’ailleurs un des phénomènes, avec l’éradication brutale des tribus amérindiennes, qui faisait douter A. de Tocqueville dans l’avènement d’une démocratie en Amérique, c’est-à-dire d’un régime authentiquement chrétien à ses yeux.
Caricatures fraîches par Truant (“CQFD”), Micaël (“LeMonde.fr”), MAN (“Midi Libre”), Foolz (“Charlie-Hebdo”), Schvartz (“Charlie-Hebdo”), Banx (“Financial Times”) & Zombi (“Zébra”) :

par TRUANT.

par Micaël.

par MAN.

par Foolz.

par Schvartz.

“Je commence à détester Trump, mais je n’ai rien d’autre à me mettre.” par Banx.

par Zombi.
Le fanzine Zébra de mois de mai est paru ! (pour s’abonner écrire à [email protected])
