REVUE DE PRESSE BD & CARICATURE ZEBRA N°164

par Banksy.

Le dernier Banksy

Banksy est-il le dernier artiste engagé… non subventionné ? Sa sculpture-pamphlet érigée en pleine nuit dans le centre de Londres au mois d’avril dernier a de nouveau fait parler de l’artiste masqué. Le marché de l’art s’efforce de récupérer Banksy, dont les collectionneurs s’arrachent paradoxalement les graffitis et les sculptures.

L’histoire de “Charlie-Hebdo”, c’est aussi l’histoire de sa récupération et de son intégration à la culture officielle par l’intermédiaire de l’Education nationale.

La municipalité de Londres hésite entre détruire l’oeuvre illicite en résine et la conserver ; en attendant, elle a installé des barrières de protection autour.

Le dictateur moderne de Banksy n’est pas un dictateur, mais plutôt un principe despotique ; il ne porte pas un uniforme militaire mais le costard-cravate de la démocratie libérale.

Jeunes baigneurs resquilleurs fuyant la Municipale, par H. Daumier.

Paris rétrograde ?

La baignade dans le canal Saint-Martin et la Seine est un luxe que les Parisiens peuvent se permettre de nouveau depuis qu’un coûteux bassin d’assainissement a été construit pour les Jeux olympiques.

Cabu n’aura pas pu voir ce nouvel aménagement, qui redonne à la capitale un air du temps où Daumier caricaturait les Parisiens trempant leurs carcasses dans la Seine en plein centre-ville, avant la construction des piscines municipales chlorées.

Une constante depuis Balzac et Daumier : Paris continue de faire le spectacle et de choquer la province.

Armadillium Sepia, par Codex Urbanus.

Les codes du “street-art”

Les amateurs de “street-art” connaissent Codex Urbanus, en particulier les Parisiens, et surtout si ces Parisiens fréquentent le quartier de Montmartre. Codex Urbanus y dessine sur les murs des monstres fantastiques, des animaux hybrides, mi-sympathiques mi-effrayants, qu’il affuble de noms pseudo-scientifiques. Certains touristes de passage collectionnent les spécimens de cette faune imaginaire en les photographiant.

Codex Urbanus est aussi l’auteur d’un manifeste sur le “street-art”. A l’en croire, la rue est le dernier endroit où l’art “non officiel” peut s’exprimer. C’est oublier les réseaux sociaux, moins faciles à contrôler que la rue, sans lesquels les Gilets jaunes n’auraient pas existé. Le duel est à peu près le même dans la rue et sur les réseaux entre l’affichage publicitaire commercial et les discours subversifs.

Mais le diagnostic de Codex Urbanus selon lequel le monde contemporain est un monde ultra-rationnel, où seules les choses utilitaires ont leur place, s’oppose diamétralement à celui d’H. Arendt selon qui : “Le totalitarisme est le règne de l’inutile”.

L’entrée de de Gaulle au Panthéon imaginée par Cabu.

A quoi sert le Panthéon ?

Question posée dans le numéro de Juin du magazine “L’Histoire”. Yann Potin, conservateur aux Archives nationales, élude le problème du culte des grands hommes et du mysticisme laïc à la française.

Il signale que l’on peut entrer au Panthéon et en être expulsé. “Des six hommes panthéonisés sous la Révolution, seuls Voltaire (1791) et Rousseau (1794) y sont encore.”

On ne peut s’empêcher d’observer ici combien la France est peu “rousseauiste”, en dépit du culte officiel de Rousseau. Qui ose encore aujourd’hui s’opposer comme Jean-Jacques aux spectacles vulgaires ? Même le très austère L. Jospin s’en abstînt.

Evidemment la notion de “temple laïc” pose problème... Elle transforme par exemple inévitablement le chef de l’Etat en une sorte de prêcheur laïc - un rôle dans lequel E. Macron a semblé se complaire particulièrement au cours de ses mandats, le sermon hugolien de Notre-Dame représentant l’apogée de sa carrière de prédicateur laïc.

Le “droit d’emmerder Dieu” prôné par certain théoricien fondamentaliste de la laïcité ne doit pas faire oublier que la laïcité fut conçue en Occident, non pas comme un remède à Dieu mais à l’idolâtrie. Le XIXe et le XXe siècles fournissent de nombreux exemples de cultes laïcs débridés de la personnalité, dissuasifs de croire que la France a basculé du côté de la Raison. Au stade totalitaire, la raison est assimilée à la norme.

Albertine a disparu

- Nous, au village aussi l’on a, de belles disparitions mystérieuses… Cette bande dessinée (par V. Guerrier, F. Vignolle et V. Bizzarri, éd. Glénat, 2025) ne vaut pas tant par l’intrigue, inspirée comme “Madame Bovary” d’un fait divers, que pour l’incursion dans la France profonde ; celle-ci n’est pas restée à l’écart des transformations engendrées par l’économie capitaliste depuis 1950. K. Marx avait prévenu que le modèle capitaliste industriel allait s’appliquer à tous les secteurs de l’économie, y compris ceux qui n’en relèvent pas directement, comme l’agriculture ou l’artisanat. Parler de “paysans bretons”, au XXIe siècle, est un abus de langage : “ouvriers agricoles” décrit mieux la réalité économique.

Mais on est ici dans le Perche, un peu moins vandalisé par l’Etat technocratique que d’autres régions, où les effets concentrationnaires du capitalisme se font cependant sentir aussi, en particulier l’exode rural et le vieillissement.

“Albertine a disparu” tempère l’idéalisation par les bobos du mode de vie campagnard. Cette idéalisation n’est pas nouvelle puisque Flaubert en parle déjà. Bouvard et Pécuchet sont les pionniers de la mode qui consiste à s’installer à la campagne, où leurs états d’âmes ne reçoivent pas le meilleur accueil. Entretemps la télévision a eu raison du patriarcat, sauf peut-être dans le Sud-Ouest où les sociologues nous expliquent qu’il est ataviquement mieux ancré ?

Le dépeuplement accéléré oblige de surcroît l’édile local à accueillir les familles bobos avec enthousiasme, dans l’espoir qu’elles ramèneront un peu de sang frais dans les villages vampirisés par les grandes métropoles.

par Semyon Skrepetsky.

Un caricaturiste assassiné

Le caricaturiste russe Semyon Skrepetsky a été assassiné le 15 juin en pleine rue en Pologne où il vivait en exil. L’arrestation de deux ressortissants biélorusses fait suspecter le gouvernement d’A. Loukachenko d’avoir commandité cet assassinat. Il peut aussi être un crime spontané de militants nationalistes, dans une région où les tensions politiques ne cessent de s’accroître.

Caricatures fraîches par Thisselin (“Facebook”), Cattelain (“Marianne”), MAN (“Midi Libre”), Félix (“Charlie-Hebdo”), Banx (“Financial Times”), Luckovich (“The Atlanta Journal“) & Zombi (“Zébra”) :

par Cattelain.

par MAN.

par Félix.

par J. Banx.

“La bonne nouvelle c’est que tout le monde se focalise sur les algues.” par Luckovich.

par Zombi.

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