REVUE DE PRESSE BD & CARICATURE ZEBRA N°162

par Caran-d’Ache.

Caran d’Ache sur “Töpfferiana”

Le plus souvent le caricaturiste nationaliste Caran d’Ache faisait, traitant de la politique internationale, des choix que l’on peut qualifier de “sentimentaux”. Le feuilleton abondamment illustré que consacre Luc-Michel Herlé sur le site “Töpfferiana” au célèbre caricaturiste Emmanuel Poiré (alias Caran d’Ache) souligne dans son 7e épisode ce travers systématique.

Rétrospectivement, la caricature ci-dessus, qui montre l’Empereur de Chine dans une position très inconfortable, peut presque passer pour une anticolonialiste, puisqu’elle fait allusion à l’invasion de la Chine par une coalition de troupes occidentales, à la suite de la révolte des Boxers en 1900 (selon A. Merkel, les dirigeants actuels de la Chine n’ont toujours pas digéré l’attaque sournoise d’une coalition occidentale, plus d’un siècle après).

De la même façon, Caran d’Ache publie dans “Le Figaro” des caricatures aussi vexatoires pour la reine Victoria que les récentes caricatures de “Charlie-Hebdo” visant le président turc R. Erdogan, et soutient par ses caricatures le président Kruger de l’Afrique du Sud, destitué par les troupes coloniales britanniques. La France et le Royaume-Uni sont des puissances rivales, et Caran d’Ache prend parti contre l’empire adverse, en dépit de la symétrie des politiques coloniales et leurs conséquences tragiques.

La nippophobie de Caran d’Ache, qui se manifeste à l’occasion de la guerre entre la Russie et le Japon, s’explique selon L.M. Herlé par les origines d’Emmanuel Poiré, petit-fils d’un grognard napoléonien qui avait fait souche en Russie. E. Poiré débarqua à Paris à 19 ans pour y apprendre à peindre les soldats (un chapitre de la saga est consacré aux origines et à la formation de Caran d’Ache). Le mutisme de Caran d’Ache au cours de la révolution russe de 1905, suivie d’une répression sanglante, est sans doute révélateur du trouble du caricaturiste, ordinairement prolixe.

La germanophobie de Caran-d’Ache n’est pas difficile à comprendre. Elle est directement liée à son antisémitisme, devenu le comble du “politiquement correct” après la Seconde guerre mondiale, dans un contexte politique très différent. L’antisémitisme de Caran d’Ache se manifesta à propos de l’affaire Dreyfus ; le capitaine d’artillerie fut en effet soupçonné d’être un espion à la solde de l’Allemagne. Là encore, quand on sait rétrospectivement le nombre de publicistes et de journalistes français agissant au cours de la Guerre froide pour le compte de Moscou ou de Washington… on mesure les changements politiques intervenus entretemps.

Pendant un laps de temps, on a pu être “antidreyfusard” de bonne foi, ce qui fut le cas de G. Clemenceau, tant que la culpabilité de Dreyfus ne faisait pas de doute. Le “dreyfusisme”, à commencer par celui de Clemenceau, n’était d’ailleurs pas toujours dénué d’arrière-pensée politicienne : l’Histoire est plus grise que le roman national noir et blanc.

Les collégiens découvrent parfois les caricatures de Caran d’Ache dans les manuels scolaires, qui reproduisent ses meilleures caricatures, c’est-à-dire les moins militantes et les moins inspirées par le sentiment national.

Bien que porté sur l’uniforme et la manoeuvre militaires, Caran d’Ache est capable de décrire ici les premiers pas d’un siècle (le XXe ), qui sera entièrement voué à la guerre, totale et mécanique, qui n’a plus rien des couleurs pittoresques des guerres du temps jadis.

Lutte des sexes

Une bande de filles, plus ou moins gouines, perçées et tatouées de partout, décide de faire sa fête au hideux romancier misogyne à succès Chemelek, alias Michel Houellebecq. Autant dire que cette BD, par Elsa Klée, sent l’émasculation finale à plein nez (éd. Cambourakis, 2026). Le dessin est assez convaincant, mais l’humour un peu léger, malgré un effort pour parodier le style de Houellebecq, précurseur des romans du XXIe siècle rédigés à l’aide de l’iA.

Les femmes ont fait le succès de M. Houllebecq - mathématiquement, puisque les deux tiers des lecteurs de romans sont des lectrices. Avec les musulmans, les femmes féministes sont, depuis le début de la carrière de Houellebecq, une des cibles préférées du romancier, qui leur reproche de contribuer au climat de frustration sexuelle généralisé.

Centre des Arts satiriques

Tandis que le projet officiel de Musée du dessin de presse à Paris semble patiner dans la semoule, le collectionneur infatigable de journaux et fanzines plus ou moins “incorrects” Cyril Bosc annonce l’inauguration de son Centre des Arts satiriques dans la petite bourgade ardéchoise de Baix (au bord du Rhône, à mi-chemin entre Valence et Montélimar) au début du mois de juillet.

Depuis la prise du pouvoir par les gaullistes, la tendance de la contre-culture à se réfugier dans des provinces reculées n’a fait que s’accentuer. A ce rythme, on ne pensera bientôt plus qu’en Ardèche, dans la Creuse et dans les Monts d’Arrée, et la caravane du Tour de France fera le tour de Montmartre !

Caricatures fraîches par Rémy Cattelain (“Marianne”), PEZ (“Facebook”), Delestre (“Twitter-X”), Truant (“CQFD”), du Bus (“Soir Mag”), Sanaga (“Vert”), deAn (“The Spectator”) & Zombi (“Zébra”) :

par R. Cattelain.

par PEZ.

par Delestre.

par Truant.

par du Bus.

par Sanaga.

- Le type d’à-côté s’est remis à dessiner d’après nature. (par deAn)

par Zombi.