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REVUE DE PRESSE BD & CARICATURE ZEBRA N°160


L’art de la propagande
Les propagandistes de la république islamique d’Iran conçoivent depuis quelques semaines des dessins-animés en anglais de quelques minutes avec l’aide de l’intelligence artificielle. Ils visent notamment à discréditer les Etats-Unis et Israël dans certains pays en voie de développement comme la Turquie, l’Inde ou le Brésil. Il est pratiquement impossible pour les réseaux sociaux états-uniens de les censurer. On mesure la difficulté pour l’Union européenne de contrôler ces réseaux sociaux tentaculaires, quand le FBi et la CiA ont du mal eux-mêmes à les surveiller.
Fait notable, cet embryon de “soft-power” iranien reprend les méthodes de la propagande états-unienne, toutes proportions gardées. En mélangeant des figurines Lego avec de la musique “pop”, ces dessins animés s’efforcent de tourner D. Trump en dérision et d’inverser la rhétorique “du camp du Bien et du Mal” au profit de l’Iran.
Détail significatif, cette propagande prend parti pour le nouveau pouvoir militaire laïc (les “Gardiens de la Révolutions”) contre l’ancien pouvoir religieux des “mollahs”, eux aussi tournés en dérision. Rien de tel qu’une guerre pour renforcer le “sentiment national”.

copie d’un détail de la chapelle Sixtine par Jean-Baptiste Carpeaux.
Michel-Ange ou Rodin ?
Quel rapport entre Rodin et la caricature ? L’antiacadémisme. A l’instar des caricaturistes, Rodin s’affranchit des codes académiques (ce qui n’empêchera pas les caricaturistes d’être les premiers à se moquer de la statue de Balzac par Rodin).
La confrontation entre Michel-Ange et Rodin par le musée du Louvre n’a rien de très original ; ça tombe bien car le sculpteur florentin ne vise pas l’originalité, mais dérive plastiquement de la statuaire grecque, qui a une ambition universelle ; on est donc loin avec Michel-Ange du “goût de la charogne” baudelairien.
“Arte” diffuse en parallèle de l’exposition du Louvre un documentaire qui a le mérite d’exposer comment Rodin perçut l’oeuvre de Michel-Ange - comment notamment elle le préserva de l’académisme dominant ; on peut définir celui-ci, aussi bien en littérature que dans les arts plastiques, comme un excès de théorie. L’Académie française joue dans l’histoire de l’art français un rôle de repoussoir, aussi bien dans le domaine de l’art plastique que dans la littérature. On oublie souvent de préciser que l’institution créée par Richelieu poursuivait un but politique d’abord, non artistique à proprement parler.
Michel-Ange a rapproché Rodin de l’enseignement lent et difficile des formes essentielles de la nature par la nature elle-même, lui évitant comme à beaucoup de ses contemporains de tomber dans le procédé (l’opposition didactique “art abstrait/art figuratif” n’a pratiquement aucun sens).
Comme un caricaturiste force certains traits pour obtenir la ressemblance, Michel-Ange force certains traits pour rendre la force, pratiquement synonyme de vertu pour les anciens Grecs.
On note par ailleurs que Rodin qualifie Michel-Ange de “dernier et plus grand des gothiques”. Cette qualification ambiguë -Michel-Ange n’a pas grand-chose à voir avec l’art des cathédrales- se rapporte aux thèmes traités par Michel-Ange. Si “La Porte des Enfers” illustrant La Divine comédie est sans doute un thème médiéval, il est plus difficile de définir Michel-Ange sur le plan religieux. L’artiste florentin est contemporain de l’effondrement de la tradition religieuse médiévale, au début du XVIe siècle, et du recul de l’imagerie de propagande. L’émancipation culturelle des artistes est au coeur du courant artistique humaniste.

par G. Baselitz.
Feu Georg Baselitz
Le peintre allemand Georg Baselitz peignit ce portrait de son ami Ralf en 1965. Dès la fin des années 1960, il peint des personnages et des paysages sens dessus dessous, soi-disant “pour conjurer la figuration, l’abstraction et l’art conceptuel”. Cet artiste à la réputation internationale, né en 1938, s’est éteint fin avril.
Après la Seconde guerre mondiale, nombreux sont les artistes dont l’art reflète le rejet de toutes les conventions, y compris celles de l’art. Si ce mouvement s’oppose radicalement au cinéma ou à la bande dessinée, genres très codifiés et reposant sur des clichés, au contraire, on peut se demander s’il n’est pas une impasse comme la dissidence de Winston Smith face à Big Brother.

case extraite de “Un auteur de BD en trop”, par Daniel Blancou (éd. Sarbacane).
BD et culture de masse
Le cahier “Economie et entreprise” de “Le Monde” (8 avril) publie sur une pleine page un article sur “la grande précarité des auteurs de bande dessinée” (Nicole Vulser). Un de plus, a-t-on envie de dire…
Il semble que la précarité des auteurs de bande dessinée soit exactement proportionnelle à la quantité d’encens répandue sur “l’Art de la bande dessinée”.
Le bilan chiffré dissimule que la bande dessinée est très disparate : il peut y avoir entre deux auteurs de bande dessinée autant de différence qu’il y a entre un employé de l’industrie agro-alimentaire et un petit agriculteur indépendant. Comment une auteure qui s’enferme dans la niche de la bande dessinée de genre féministe en lutte contre le moulin à vent du patriarcat peut-elle espérer toucher un large public ?
Cette disparité, ajoutée aux divergences idéologiques, explique que les auteurs de bande dessinée n’ont jamais réussi à faire valoir leurs intérêts collectivement face aux éditeurs, et ce malgré les avertissements des auteurs les moins naïfs -dès la fin des années 1980- à propos de la nouvelle donne éditoriale.
Comme certains auteurs font parfois appel à la compréhension du ministre de la Culture, il est difficile de ne pas tenir compte de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public qui vient de s’achever. La charge financière de l’audiovisuel -4 milliards, soit la moitié du budget du ministère de la Culture- indique assez nettement la priorité accordée par le ministère à la production audio-visuelle et à la diffusion de spectacles sportifs, c’est-à-dire à la culture de masse.
Prix Sophie Castille
Le SoBD annonce qu’il remettra le prix Sophie Castille de la meilleure traduction en français d’une bande dessinée lors du prochain festival d’éditeurs indépendants (à la fin de l’année 2026), et lance un appel à concourir pour ce prix (jusqu’au 15 septembre).
Le communiqué ne précise pas si le prix est seulement honorifique ou doté ?
Caricatures fraîches par Naumasq (“Facebook”), Decressac (“Facebook”), Placide (“Facebook”), Chappatte (“Le Temps”), Schvartz (“Charlie-Hebdo”), Christian Adams (“The Telegraph”), Banx (“Financial Times”) & Zombi (“Zébra”) :

par Naumasq.

par Decressac.

par Placide.

par Chappatte.

par Schvartz.

LA FIN EST PROCHE par C. Adams.

IL PEUT REGARDER UN MARATHON ENTIER EN MOINS DE DEUX HEURES. par Banx.

par Zombi.