REVUE DE PRESSE BD & CARICATURE ZEBRA N°150

par Waner (“Siné-Mensuel”).

Démobilisation générale

La franchise brutale du “faiseur de paix” Donald Trump rompt volontairement avec des décennies de diplomatie onusienne hypocrite. Trump affiche une transparence (très peu européenne) pour répondre à la demande de son électorat MAGA de restauration des valeurs démocratiques constitutionnelles.

Mobiliser le contribuable en période de rigueur budgétaire est le principal défi que s’est lancé le couple franco-allemand. Pour ce qui est de mobiliser des troupes au sol, la disparition des paysans français et l’extinction du catholicisme complique sérieusement la tâche d’E. Macron et F. Mertz. On trouve encore plein de curés pour envoyer en enfer de braves c. (comme dirait L.-F. Céline), mais il y a comme une pénurie de braves c. désormais, à l’Ouest du Danube.

(Le nerf de la guerre n’est pas l’argent, contrairement à une opinion répandue, mais le fer.)

par Riss (pour “Métal-Hurlant”).

Perles de Riss

Le magazine des nostalgiques de SF, “Métal-Hurlant”, relancé il y a quelques années par les éds. “Les Humanoïdes associés”, a interrogé le rédacteur en chef de “Charlie-Hebdo” (n°11 - mai 2024) : “Peut-être que la science-fiction se renouvellerait en mettant un peu d’humour ?”, suggère Riss.

La science-fiction humoristique pastiche la science-fiction, genre épique très codifié, comme “Lucky-Luke” pastiche le western. “Métal-Hurlant” (canal historique) publiait pêle-mêle de la SF épique et des pastiches, sans autre mobile éditorial que de promouvoir de jeunes talents.

C’est encore le rédacteur en chef de “Charlie-Hebdo” qui, au milieu d’un éditorial prévenant ses lecteurs contre les dangers de l’islamisation galopante, invoque “La France de Rabelais et du Marquis de Sade…” !? Curieuse référence pour un humoriste - on ne veut pas parler de Rabelais, bien sûr, mais de Sade ; de tous nos philosophes, il n’y en a pas qui se prenne plus au sérieux que le “divin marquis”, hormis peut-être Michel Onfray.

Ed. STEINKIS

Le médecin des femmes

Le médecin hygiéniste Ignace Semmelweis (1818-1865) découvrit avec trois décennies d’avance sur les biochimistes (dont Louis Pasteur) les causes infectieuses des maladies infectieuses et les moyens de s’en prémunir. Particulièrement exposées aux infections lors de l’accouchement à l’hôpital, les femmes enceintes étaient nombreuses à succomber de la “fièvre puerpérale”, comme on nommait cette maladie dont la cause était encore inconnue (jusqu’à 20% d’entre elles dans certains hôpitaux).

La bande dessinée d’Isabelle Bauthian (texte) et Eva Rossetti (dessin) retrace à la fois le cheminement intellectuel de Semmelweis et son combat pour imposer sa méthode hygiénique au corps médical viennois ; il se solda en partie par un échec puisque le Dr Semmelweis retourna exercer dans son pays d’origine, la Hongrie, sans avoir convaincu ses pairs les plus influents. Seules les femmes hongroises, précise la BD, bénéficièrent pendant trente ans de la médecine pionnière de Semmelweis. En plus du conservatisme de la Faculté, peu encline au changement, le caractère intransigeant de Semmelweis freina ce progrès.

La BD n’est pas sans défauts, comme celui de conserver la graphie hongroise ou allemande des prénoms, ce qui ne contribue pas à clarifier le propos : cependant elle déconstruit l’idée de “consensus scientifique” où se dissimule en 2025 une nouvelle forme de conservatisme.

De plus la BD établit un parallèle entre le dynamisme scientifique de Semmelweis et son hostilité libérale-nationaliste au règne des Habsbourg. Or, au cours du XXe siècle, comme le souligne un essai récent sur les “Non-Maladies” (Pr Perino), le patient est devenu un “consommateur de soins” ; cette évolution a eu pour effet de désorganiser profondément le corps médical sans que les pouvoirs publics s’y opposent efficacement.

Ceci n’est pas un conte de Noël

L’intelligence artificielle provoquera peut-être incessamment un nouveau krach des valeurs technologiques boursières, mais elle ne remplacera pas le talent, comme le prouve ce dessin animé “Le Vieux Crocodile” (en anglais), produit par le studio d’animation japonais Yamamura.

Quand ils décidèrent de redonner un nouveau souffle au dessin animé à la fin du XXe siècle, les fondateurs du studio Aardman (“Wallace & Gromit”) se tournèrent vers une technologie assez primitive au regard des dernières innovations (le “stop motion”).

Le petit salon SOBD, qui se tenait comme chaque année début décembre dans le quartier du Marais à Paris, contrairement au festival (international) d’Angoulême, est presque exclusivement dédié à “la bande dessinée pour adultes” ; l’expression est cocasse en soi, puisque la culture de masse poursuit un but d’infantilisation, à laquelle la bande dessinée contribue largement.

La contre-culture est l’exception dans le domaine de la bande dessinée comme dans celui de la presse au XXe siècle. La célébration de la bande dessinée comme un art a pour inconvénient d’entraver la critique au profit des producteurs de BD infantilisantes : les auteurs et les lecteurs sont les dindons de cette farce.

Caricatures fraîches par MAN (“Facebook”), Rodho (“Facebook”), Decressac (“Fluide-Glacial”), Salch (“Charlie-Hebdo”), Morten Morland (“The Times”) & Zombi (“Zébra”) :

par MAN.

par Rodho.

par Decressac.

par Morten Morland.

par Salch.

par Zombi.