REVUE DE PRESSE BD & CARICATURE ZEBRA N°154

Une par Anouk Ricard.

“Libé” tout en BD

…un numéro aussi creux que le programme du parti socialiste en 2026, après quarante ans d’absence d’imagination au pouvoir, particulièrement flagrante dans le domaine de la BD où le recyclage des vieilles bandes n’en finit pas.

Le rôle du ministère de la Culture a toujours été, depuis Malraux jusqu’à Jack Lang, d’étouffer la contre-culture, de la transformer en musique d’ascenseur.

Charlie-Hebdo et le politiquement correct

Sous l’effet du politiquement correct libéral, on en vient à accuser rétrospectivement le “Charlie-Hebdo” de Cavanna & Choron de sexisme (l’illustratrice Mélaka Ka sur “Facebook”). Même procès que celui intenté à Picasso.

Philippe Val introduisit un quota de femmes à “Charlie-Hebdo”, pour quel résultat ? L’une a fini en Jeanne-d’Arc laïque, l’autre à l’Académie des Beaux-arts…

L’animatrice de télé Dorothée reprochait déjà à Cabu de faire des dessins “misogynes”. Plus cocasse le refus de l’illustratrice Tanxxx de rejoindre l’équipe de “Siné-Hebdo”, au motif que cette publication était dirigée par un vieux phallocrate fétichiste du porte-jarretelle.

Les femmes penchent naturellement du côté de la religion, rarement du côté de la satire.

Pauvre petite fille riche

Frédéric Beigbeder, critique littéraire pour “Le Figaro”, est un spécialiste du billard à trois bandes. Dans une première chronique, il explique que le poète-clochard Verlaine est l’inventeur du truc de la “victimisation” (tout est de la faute de Rimbaud) ; deux chroniques plus tard, F. Beigbeder fait cause commune avec la bédéaste lyonnaise Florence Dupré-Latour, qui s’est fendue d’une énième BD acrimonieuse contre un système (la bande dessinée), qui ne l’a pas enrichie comme Bastien Vivès ou Riad Sattouf. La pauvreté, pour les gens de bonne famille, est d’autant plus pénible qu’elle n’est pas dans leur ADN. Une bourgeoise sans le sou n’inspire la pitié à personne, etc.

Beigbeder ose même un petit couplet contre le train de vie indécent de l’Etat français, qui dépense sans compter ; ça fera plaisir à son employeur (le fabricant d’avions de chasse Dassault), qui sans le train de vie indécent de l’Etat...

Arabes du Futur

Impossible pour l’Académie française d’élire le franco-syrien Riad Sattouf : l’absence de talent original est un critère essentiel pour y siéger.

L’Académie française viole la Gloire depuis le début, c’est un repaire de sénateurs !

par Voutch (in : Le Monde merveilleux de l’Entreprise)

Le bon sens de Voutch

L’humoriste qui fête ses trente ans de carrière se livre dans le “JDNews” (21 janvier) et annonce (un brin amer) qu’il rend son tablier, ou plutôt sa tablette graphique. Comme d’autres caricaturistes avant lui, pas tous new-yorkais (Forain), son humour repose avant tout sur la légende et accessoirement sur le dessin.

Modestement, Voutch s’incline devant Sempé, mais ce dernier avait tendance à se prendre pour Charles Trenet et à donner dans le mièvre et le dessin de presse en prenant de la bouteille : “Comme on vieillit on perd ses dents”.

Voutch ridiculise l’esthétique publicitaire, la beauté-slogan des Trente glorieuses. Il a trouvé un usage à la couleur dans le dessin d’humour.

“L’absurde est un de mes vices" : mauvais choix de titre du “JDNews”, qui peut laisser penser que Voutch cultive l’absurdité, alors qu’il la dénonce comme Chaval et Bosc avant lui, ou encore Jacques Tati, l’Anglais Charlie Chaplin.

Le tartufe Chappatte

La mauvaise foi et l’hypocrisie du caricaturiste Patrick Chappatte sont criants avec cet album paru chez Les Arènes-BD sur la censure en Amérique, qui désigne Donald Trump comme une menace pour la liberté d’expression. Ce dernier a lui-même fait de la liberté d’expression son cheval de bataille, pour ne pas dire son cheval de Troie, avec le succès que l’on sait.

P. Chappatte a lui-même été évincé du grand quotidien démocrate “The New York Times” AVANT l’élection de D. Trump, qui ne fait que reprendre les méthodes de ses adversaires. Elon Musk a racheté le réseau social Twitter pour que le parti MAGA puisse lutter à armes égales avec les partis institutionnels et leurs médias de masse plus conventionnels, dont l’information n’est pas le but principal, mais le racolage électoral, dans un contexte oligarchique qui dure depuis des décennies.

L’affaire Epstein de traite des blanches et de chantage, qui pourrait bien se retourner contre Donald Trump, a bel et bien été déclenchée sur les réseaux sociaux par les partisans de D. Trump désireux d’abattre un système corrompu, non pas par les médias de masse conventionnels, ordinairement aveugles sur les turpitudes de l’Etat fédéral.

On est bien placé en France grâce à l’histoire de “Hara-Kiri” pour savoir que l’organisation économique de la presse depuis la Libération est conçue pour étouffer la presse indépendante.

Céline parmi les putes

Difficile de parler de guerre sans parler de prostitution, ce que Louis-Ferdinand Céline fit, en long, en large et en travers, dans le troisième volet de son triptyque intitulé “Londres”, récemment sorti de sa cache (Céline est une machine à “cash”). “Londres” fait suite à “Guerre” et à “Mort à Crédit”, qui seul fut publié du vivant de l’auteur.

Le “Bulletin célinien” (janvier 2026), occupé à sonder Céline depuis 45 ans (!), reproduit une étude de Claude Haenggli consacrée au regard que Céline portait sur la prostitution - quelle leçon il tire de sa fréquentation des bas-fonds ? Quand on dit de Céline qu’il revient de loin, c’est pour dire qu’il remonte de très bas (son enfer est moins léché que celui de Dante, plus shakespearien).

C. Haenggli n’a pas de mal à convaincre que le point de vue de Céline diffère de celui, presque simultané, du célèbre journaliste Albert Londres, dont le reportage (“La Traite des Blanches”, 1927) est plein du préjugé libéral-puritain (la prostitution c’est la faute au chômage). Ferdinand n’est pas Tintin ! Son statut de trouffion, à vingt-deux ans, ne valait guère mieux que celui d’une putain (Haenggli dit “prostituée” car sa conférence fut donnée à la fac de Nanterre).

“Londres” n’est pas du cinéma porno-chic à la David Lynch, il y a des scènes brutales et crues, comme dans l’affaire Epstein. Sympathie entre la pute et le soldat, attraction réciproque sado-masochiste, multimillénaire, banale… Mais Céline a du recul, ce n’est pas un simple voyeur ; toute cette barbarie guerrière l’incite à s’interroger sur la condition humaine, dit C. Haenggli : “Tout ce qui m’arrivait me paraissait bien un énorme enchevêtrement de terreurs accumulées tout de même, à seulement vingt-deux ans. On se croit facilement coupable envers et contre tout, c’est une condition propre qu’on a, de je ne sais quoi, du péché originel ?” (“Londres”, 1934)

La honte (comme l’humour) est un sentiment révélateur ; la preuve, on fit visiter aux officiers nazis les camps de travail après leur “libération” pour qu’ils éprouvent un sentiment de honte, et prennent conscience de leur bestialité.

Le Bulletin célinien traite aussi d’autres sujets comme des influences littéraires de Céline ou de son identification au médecin hongrois Ignace Semmelweis, pionnier de la méthode antiseptique en butte au conservatisme de sa hiérarchie.

Festival éditeurs indé. (-21 févr.)

Extraits du programme du festival : expo. des éds. L’Echappée (revue “Brasero”) (-15 févr.) ; atelier linogravure avec Roland Cros (14 févr.) ; débat sur l’iA et l’édition (12 févr.)…

Caricatures fraîches par MAN (“Facebook”), Sié (“Marianne”), Ludoch (“Facebook”), Mric (“Marianne”), Gros (“L’Humanité”), Micaël (“Marianne”) & Zombi (“Zébra”) :

par MAN.

par Sié.

par Ludoch.

par Mric.

par Micaël.

par Zombi.

Le numéro du mois de février est paru ! (abonnez-vous pour nous soutenir en écrivant à [email protected])