REVUE DE PRESSE BD & CARICATURE ZEBRA N°156

par Vincent.

Orwell & la IIIe Guerre mondiale

La IIIe guerre mondiale commence où “1984” s’arrête. Orwell montre en effet la Guerre froide entre blocs rivaux comme un calcul (qui n’a rien de machiavélien).

L’hebdo “Le 1”, dans un numéro entièrement consacré à George Orwell (18 février), interroge le cinéaste Raoul Peck sur son nouveau film “Orwell - 2+2 = 5”.

Le cinéaste haïtien dit ne pas avoir été impressionné par “1984” quand il l’a lu pour la première fois au cours de sa scolarité. Le roman lui semblait décrire une réalité éloignée de la dictature violente qui régnait alors à Haïti, appuyée par les Etats-Unis. “1984” décrit en effet une oppression insidieuse, qui n’est pas exactement le confort moderne d’Aldous Huxley, mais à laquelle la plupart des citoyens se soumettent.

R. Peck parle de “boîte à outils” à propos de “1984”. On comprend ainsi pourquoi le roman est assez difficile d’accès pour le grand public, mais aussi pourquoi il est difficile à adapter au cinéma. Comme l’explique (ailleurs) Jean-Jacques Rosat, l’humour noir “swiftien” d’Orwell a été mal rendu par la première traduction française.

Dans l’ensemble ce numéro spécial de “Le 1” est décevant. Pire, il semble avoir été entièrement conçu pour désigner Donald Trump et Elon Musk (le réseau social “Twitter”) comme le nouveau Big Brother. Mais le climat de suspicion généralisé, le complotisme qui règne aux Etats-Unis depuis trois décennies au moins, et qui a contribué à porter D. Trump au pouvoir, reflète plutôt l’état d’esprit de Winston Smith, son refus de s’accommoder du mensonge d’Etat. Les lanceurs d’alerte qui ont alimenté la banque de données WikiLeaks au début du XXIe siècle imitent une démarche similaire à celle du personnage d’Orwell, citoyen lambda tenaillé par sa conscience, qui occupe un emploi de fonctionnaire au ministère de la Vérité. Le style démagogique de Trump, en raison de sa vulgarité assumée et presque revendiquée, évoque plus le Père Ubu. C’est un style rétrograde et non ultra-moderne comme celui de Big Brother.

La plupart des commentateurs oublient un point essentiel : “1984” est dissuasif de prendre l’utopie pour une porte de sortie du totalitarisme. L’idéalisme contribue au contraire (involontairement) au totalitarisme selon Orwell. La “Fraternité” est un piège tendu par Big Brother.

par Cabu.

Cabu vieillit bien

Caricaturer l’actualité internationale est une véritable gageure ; en premier lieu parce que l’opinion publique est soigneusement désinformée de ce qui se passe réellement au coeur du conflit.

Il n’a fallu que quelques heures aux autorités des Emirats arabes unis pour menacer des pires représailles les influenceurs qui continueraient de diffuser des images des drones et des missiles iraniens survolant Dubaï. Le gouvernement du guide Khameini avait, lui, bloqué l’accès à l’internet dans tout le pays.

Les dirigeants occidentaux, comme ceux du tiers-monde, ont tiré la leçon des “révolutions arabes” en Tunisie et en Egypte, où les réseaux sociaux états-uniens jouèrent un rôle décisif. Les campagnes de dénigrement des réseaux sociaux en Europe ont débuté peu après. Twitter et Facebook ont probablement aussi été placés sous la surveillance étroite du FBi dans ces années-là.

Facebook permet de différencier la censure des mollahs de celle du gouvernement des Etats-Unis. Facebook diffuse en effet des informations dans les deux sens : il permet de censurer un compte qui diffuse des informations gênantes pour le gouvernement des Etats-Unis (par exemple des informations sur les activités illégales du fils de Joe Biden en Ukraine), mais aussi de surveiller avec une précision stupéfiante des personnes qui complotent contre l’Etat, ce qu’une dictature comme l’Iran ou l’Egypte n’a pas les moyens de faire…

L’arrestation du propriétaire de la messagerie cryptée Telegram, Pavel Dourov, à Paris, souligne aussi l’importance du contrôle de l’information en temps de guerre.

Bien sûr, quand la désinformation est une arme de guerre, les débats sur la “liberté d’expression” n’ont pratiquement aucun sens. Ce n’est pas le moindre mérite de George Orwell d’attirer l’attention sur le fait que “La guerre, c’est la paix”, autrement dit que, depuis les années 1950, la paix n’est que relative. L’illusion de la paix a été entretenue à grands frais par l’ONU pendant des décennies… jusqu’à ce que le Hamas la fasse voler en éclats le 7 octobre 2023.

Histoire de la Zone

“Quelques semaines avant de trahir la Seconde République, le président Bonaparte avait publiquement réaffirmé que la zone concernée par la perception de l’octroi ne serait pas étendue jusqu’au mur de Thiers et qu’il n’y aurait donc pas d’expansion administrative de la ville de Paris. Mais quelques années plus tard, l’autocrate sournois et son gouvernement avaient changé de position.

Les célèbres caricaturistes Honoré Daumier et Charles Vernier contournèrent les limites de la censure impériale pour apporter leur contribution à la controverse publique sur cette spoliation territoriale. Un dessin de Daumier représente un couple de paysans en sabots et pauvrement vêtus devant leur masure au milieu d’un champ, prononçant les mots : “Dire que nous vl’à parisiens !”

Pour sa part, Vernier croque Paris sous les traits d’une dame élégante coiffée d’une couronne de fortifications et se livrant à une vigoureuse toilette de ses enfants tout crasseux, La Villette, Bercy et Belleville. Dans une autre caricature, cette même dame poursuit un groupe de bourgeois lilliputiens manifestant sous des pancartes portant les inscriptions Auteuil, Passy et Boulogne. Elle s’apprête à les capturer sous son jupon à crinoline, sur lequel le caricaturiste a écrit “octroi”. Le mur était désormais devenu un seuil politique et fiscal, plus que militaire, la manifestation physique d’une capitale perçue comme un ogre perfide dévorant toutes les communes environnantes dans la foulée de son expansion.”

Ce petit extrait de “Une Histoire alternative de Paris” par Justinien Tribillon (éd. Collection culture, 2025 - p.23) est riche d’enseignements. “Contourner les limites de la censure” est toujours ce que les auteurs satiriques français ont fait ou essayé de faire depuis les philosophes des Lumières jusqu’à E. Macron, en passant par de Gaulle et F. Mitterrand.

Indirectement J. Tribillon dit pourquoi on se souvient de Daumier et on a oublié Vernier… ou presque. Daumier est didactique à la manière des histoires de Shakespeare, d’une manière qui n’est pas assommante - d’une manière indirecte.

On peut regretter que, pour la période plus récente de son histoire de Paris, J. Tribillon n’ait pas emprunté à Cabu des dessins, lui permettant d’illustrer son propos bien mieux que des photographies.

L’Histoire de Paris n’est pas réservée aux Parisiens ou aux banlieusards : c’est l’Histoire de France en résumé. Le clivage multiséculaire entre une capitale “républicaine” et une province “monarchiste” est un clivage bien connu, presque un poncif ; le bouquin de J. Tribillon pénètre dans des strates historiques et sociales plus profondes, il dissèque l’âme de la France.

La grève générale des Gilets jaunes en 2019 est une première historique, puisque c’est la province -et non plus les Parisiens- qui proteste contre le monarque fraîchement élu. A moins que le gouvernement technocratique de la France depuis plus d’un siècle, n’ait transformé le territoire au-delà du périphérique en gigantesque Zone ?

Ed. 2042.

Arrête ton char !

D’aucuns jugeront sévèrement cette bande dessinée par F’Murr (publiée pour la première fois en 1985), ouvertement “islamo-gauchiste”… plus islamo que gauchiste, à vrai dire, puisque les méchants sont les soldats soviétiques, venus dans leurs chars blindés, petits bijoux de technologie occidentale, occuper l’Afghanistan libre de croire ce qu’il veut, et y implanter la démocratie (dans sa version soviétique pas très “woke”).

Cependant les popoffs ne sont pas caricaturés assez durement par F’Murr pour que l’on puisse dire “de droite” ce pamphlet un peu mollasson.

Cette réédition luxueuse (65 euros), aux éds. 2042, est réservée aux “boomers” islamo-gauchistes.

Portrait de F. Goya.

Magistral Goya

Ce portrait magistral du peintre et caricaturiste espagnol Francisco de Goya par Joachim Torrès-Garcia (exécuté vers 1900) sera présenté aux visiteurs du salon du dessin ancien qui se tiendra à l’ancienne Bourse de Paris du 25 au 30 mars.

De nombreuses expositions guidées autour du dessin ancien et contemporain sont proposées au cours de cette semaine du dessin.

Un pastiche de Tintin (“Coke en Stock”)

(Réservé aux plus jeunes lecteurs de cette revue de presse).

Caricatures fraîches par Mykaïa (“Facebook”), JacPé (“Facebook”), Truant (“Facebook”), Nedjmeddine (“Facebook”), Steven Camley (Londres), De Adder (USA) & Zombi (“Zébra”) :

par Mykaïa.

par Truant.

par JacPé.

par Nedjmeddine.

par Steven Camley.

par De Adder.

par Zombi.